Fiscalité des sociétés à Chypre : taux, exonérations et règles 2026
La fiscalité des sociétés à Chypre repose sur un impôt sur les bénéfices parmi les plus compétitifs de l’Union européenne, désormais fixé à 15 % depuis le 1er janvier 2026. Ce cadre s’accompagne d’exonérations ciblées, d’un large réseau de conventions et d’une exigence de substance réelle. Pour un associé résident fiscal français, l’imposition se joue surtout en France, au moment où les dividendes sont distribués.

L’impôt sur les sociétés chypriote : 15 % depuis 2026
Le point central de la fiscalité des sociétés à Chypre est le taux de l’impôt sur les bénéfices, le corporate income tax. Il s’établit à 15 % depuis le 1er janvier 2026. Ce taux résulte d’une réforme votée fin 2025 : Chypre a relevé son impôt de 12,5 % à 15 % pour s’aligner sur l’impôt minimum mondial de 15 % défini par l’OCDE dans le cadre du Pilier 2. Beaucoup de sources non actualisées mentionnent encore l’ancien taux de 12,5 % ; il faut désormais raisonner sur 15 %, qui reste l’un des taux les plus bas de l’Union.
Cet impôt frappe le bénéfice mondial des sociétés considérées comme résidentes fiscales de Chypre. La résidence ne dépend pas du lieu d’enregistrement au registre, mais du lieu de gestion et de contrôle effectifs, ce que la pratique anglo-saxonne appelle le management and control. Une société dont les décisions stratégiques sont réellement prises à Chypre, avec des administrateurs résidents qui se réunissent sur place, est imposée à Chypre sur l’ensemble de ses revenus, où qu’ils soient générés. C’est cette notion de substance qui conditionne l’accès au régime chypriote et au bénéfice des conventions fiscales. Une société coquille, dirigée depuis l’étranger, s’expose à voir sa résidence contestée. Pour comprendre quelle structure porte cette fiscalité, il est utile de connaître les différents types de sociétés à Chypre, la forme privilégiée par les investisseurs étrangers restant la société privée à responsabilité limitée par actions.
Ce que change la réforme fiscale de 2026
La hausse du taux n’est qu’une partie de la réforme entrée en vigueur le 1er janvier 2026. Plusieurs mesures, votées le 22 décembre 2025 et publiées au journal officiel le 31 décembre 2025, modifient en profondeur le paysage fiscal chypriote. Elles méritent d’être présentées une à une, car certaines allègent la charge alors que le taux principal augmente.
Le report des pertes a d’abord été assoupli : une société peut désormais reporter ses pertes sur sept exercices au lieu de cinq, ce qui adoucit l’effet d’années déficitaires sur la trésorerie fiscale. Ensuite, le Special Defence Contribution, ou SDC, qui frappe certains revenus passifs des résidents domiciliés, a été abaissé : sur les dividendes, il passe de 17 % à 5 % pour les bénéfices générés à partir du 1er janvier 2026. La distribution réputée de dividendes, mécanisme par lequel une société non distributrice était traitée comme si elle avait versé des dividendes, est purement et simplement abolie pour ces mêmes bénéfices. Enfin, le SDC sur les loyers est supprimé pour l’ensemble des résidents.
| Mesure de la réforme 2026 | Avant | Depuis le 1er janvier 2026 |
|---|---|---|
| Impôt sur les sociétés | 12,5 % | 15 % |
| Report des pertes déficitaires | 5 ans | 7 ans |
| SDC sur dividendes (résidents domiciliés) | 17 % | 5 % |
| Distribution réputée de dividendes | Applicable | Abolie |
| SDC sur les loyers | Applicable | Aboli |
Cette lecture d’ensemble compte : le relèvement du taux principal est en partie compensé par l’allégement des prélèvements sur les revenus passifs et par la suppression de la distribution réputée, qui pesait sur les sociétés conservant leurs bénéfices.
Les exonérations qui font la réputation du régime
Au-delà du taux, la fiscalité des sociétés à Chypre se distingue par une série d’exonérations qui expliquent l’attractivité du pays pour les structures de détention. La plus citée concerne les plus-values sur titres : les gains réalisés lors de la cession de titres, actions ou obligations notamment, sont exonérés d’impôt à Chypre. Une réserve existe pour les immeubles situés à Chypre, qui restent soumis à un Capital Gains Tax de 20 %, mais le principe d’exonération joue pleinement sur les portefeuilles de titres.
Vient ensuite la participation exemption : les dividendes reçus par une société chypriote sont en général exonérés d’impôt sur les sociétés. Ce régime est particulièrement favorable aux sociétés holding, qui peuvent encaisser les remontées de leurs filiales sans frottement fiscal local. Combinée à l’exonération des plus-values sur titres, cette règle fait de la holding chypriote un outil de structuration patrimoniale recherché.
D’autres dispositifs complètent ce tableau. L’IP Box accorde une déduction de 80 % sur le revenu net qualifiant tiré de la propriété intellectuelle, selon l’approche nexus, ce qui peut ramener le taux effectif d’imposition à environ 3 % sur ces revenus. La Notional Interest Deduction, ou NID, autorise une déduction notionnelle calculée sur les capitaux propres nouvellement apportés, dans la limite de 80 % du bénéfice imposable : elle soutient les entreprises financées par fonds propres plutôt que par dette. Enfin, le régime de tonnage tax offre aux armateurs une alternative à l’impôt sur les sociétés, approuvée par l’Union européenne, ce qui explique le poids du transport maritime dans l’économie chypriote.
Un dernier atout structurant mérite d’être souligné : Chypre n’applique aucune retenue à la source sur les dividendes, les intérêts et les redevances versés à des non-résidents, sauf cas anti-abus ou redevances rattachées au territoire chypriote. Couplé à un réseau de plus de soixante-cinq conventions fiscales, ce trait facilite la circulation des flux financiers vers l’étranger.

Résidence fiscale, non-dom et SDC
La fiscalité des sociétés à Chypre ne se comprend pas sans un mot sur le statut des personnes qui les détiennent, car le SDC opère à la frontière des deux. Le Special Defence Contribution frappe les revenus passifs, dividendes, intérêts et loyers, des résidents fiscaux domiciliés à Chypre. Or un résident non domicilié, le fameux statut non-dom, en est exonéré pendant dix-sept ans. Concrètement, une personne qui devient résidente fiscale chypriote sans y être domiciliée peut percevoir des dividendes de sa société sans supporter le SDC, et ce durant près de deux décennies.
La résidence fiscale d’une personne à Chypre s’apprécie selon deux règles. La règle classique des 183 jours considère résident celui qui passe plus de la moitié de l’année sur le territoire. La règle des 60 jours, plus souple, permet d’acquérir la résidence en y séjournant seulement soixante jours, sous conditions : ne pas être résident fiscal d’un autre État, ne pas séjourner plus de 183 jours ailleurs, et disposer d’un lien réel avec Chypre par une activité, un emploi ou un logement permanent. Ces règles intéressent directement les entrepreneurs qui envisagent de déplacer leur résidence, mais elles relèvent de la fiscalité des personnes, distincte de l’impôt sur les sociétés. Pour le résident qui reste en France, l’analyse est tout autre, et c’est l’objet de la dernière section.
TVA et autres prélèvements
La fiscalité des sociétés à Chypre comprend aussi la TVA, dont le taux standard s’établit à 19 %. Des taux réduits existent : 9 % pour l’hôtellerie et la restauration, 5 % pour l’alimentation, les livres, les médicaments et le transport. L’immatriculation à la TVA devient obligatoire au-delà d’un seuil de chiffre d’affaires d’environ 15 600 euros sur douze mois ; en deçà, une société peut s’immatriculer volontairement, ce qui est souvent utile pour récupérer la TVA sur ses achats.
Quelques prélèvements anciens ont par ailleurs disparu, ce qui allège le coût de détention d’une société chypriote. Le droit annuel de 350 euros, l’annual levy, est aboli depuis 2024. Le droit de timbre sur les documents déposés au registre a été supprimé au 1er janvier 2026. Ces suppressions n’effacent pas l’obligation de tenir une comptabilité et de produire des comptes audités, mais elles réduisent les frais récurrents. Une fois la société constituée et son numéro fiscal obtenu, l’étape suivante consiste généralement à ouvrir un compte bancaire à Chypre, souvent le poste le plus long de la mise en route.
Impôt des personnes : l’associé résident fiscal français
Reste la question la plus délicate pour un entrepreneur français : comment est imposé, en France, l’associé d’une société chypriote qui demeure résident fiscal français ? Le sujet est juridiquement sensible et appelle de la prudence. Ce qui suit dresse un panorama général ; il ne remplace pas l’analyse personnalisée d’un conseil fiscal, seule à même de sécuriser une situation concrète.
Premier élément de cadrage : la qualification française de la société chypriote. Une private company limited by shares, la Ltd, est une société de capitaux, assimilable à une SARL ou à une SA française. Elle est donc fiscalement opaque au regard du droit français. Cette opacité a une conséquence importante : contrairement à une LLC américaine, réputée translucide, le bénéfice non distribué de la Ltd chypriote n’est pas imposé en France. Seules les distributions, c’est-à-dire les dividendes effectivement versés à l’associé, entrent dans le champ de l’impôt français. Tant que les bénéfices restent dans la société, ils ne génèrent pas d’imposition personnelle en France.
Lorsque la société chypriote verse un dividende à un résident français, le mécanisme est le suivant. À Chypre, aucune retenue à la source n’est prélevée sur ce dividende sortant. En France, le dividende est soumis au prélèvement forfaitaire unique de 30 %, qui se décompose en 12,8 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux. L’associé peut, sur option, préférer le barème progressif de l’impôt sur le revenu, après un abattement de 40 % sur le montant du dividende. La convention fiscale entre la France et Chypre évite la double imposition par un mécanisme de crédit d’impôt.
Cette convention est celle du 18 décembre 1981, en vigueur depuis le 1er avril 1983. Une nouvelle convention a été signée et se trouve en cours d’approbation, son projet de loi ayant été examiné début 2026 ; tant qu’elle n’est pas entrée en vigueur, c’est bien la convention de 1981 qui s’applique. Le futur texte prévoit notamment de plafonner à 15 % la retenue sur les dividendes pour les participations inférieures à 5 %, mais il serait prématuré de raisonner sur des règles qui ne sont pas encore en application.
Un malentendu fréquent doit être levé : Chypre n’est pas un paradis fiscal au sens du droit français. Le pays n’est pas un État ou territoire non coopératif. Membre de l’Union européenne, il applique l’échange automatique d’informations dans le cadre du CRS et ne figure ni sur la liste française des États non coopératifs, ni sur la liste noire de l’Union. La contrepartie de cette respectabilité est la transparence : la substance économique et les obligations déclaratives ne sont pas optionnelles.
Plusieurs risques doivent être connus côté français. Le premier est celui du siège de direction effective en France. Si la société est réellement dirigée depuis la France, l’administration peut considérer que son siège de direction, voire un établissement stable, se situe en France et y imposer ses bénéfices. C’est le principal écueil d’une structure dépourvue de substance, et il renforce l’intérêt d’une véritable gestion à Chypre. Le second risque tient à l’article 123 bis du Code général des impôts : un résident français détenant au moins 10 % d’une entité étrangère soumise à un régime fiscal privilégié et dont l’actif est principalement financier, autrement dit une holding passive, peut être imposé sur les bénéfices de cette entité, qu’ils soient distribués ou non. Le caractère privilégié s’apprécie par référence à l’article 238 A, qui vise un impôt étranger inférieur de plus de 40 % à l’impôt français équivalent. Une société chypriote active, imposée à 15 %, n’y tombe en général pas ; en revanche, une holding patrimoniale sans activité, bénéficiant des exonérations, peut être visée. La qualification se fait au cas par cas et justifie pleinement le recours à un conseil.
Le tableau ci-dessous résume la logique de l’imposition pour un associé résident fiscal français, à comparer avec le traitement français de l’impôt sur les sociétés.
| Élément | Société chypriote (Ltd) | Repère français |
|---|---|---|
| Nature fiscale | Société de capitaux, opaque | SARL / SA |
| Bénéfice non distribué | Non imposé en France | Idem, hors cas particuliers |
| Dividende versé au résident français | 0 % de retenue à Chypre | PFU 30 % ou barème après abattement 40 % |
| Double imposition | Neutralisée par la convention | Crédit d’impôt |
| Statut de Chypre | Membre UE, CRS, non-ETNC | Pas un paradis fiscal |
Restent enfin les obligations déclaratives, à ne jamais négliger. Tout compte détenu à l’étranger, y compris les comptes de néobanques de type Wise ou Revolut, doit être déclaré au moyen du formulaire 3916 ou 3916-bis. L’omission expose à une amende de 1 500 euros par compte non déclaré. Les dividendes perçus doivent eux aussi être déclarés. Détenir une société chypriote en restant résident français est parfaitement légal, mais cette légalité suppose transparence et déclarations en règle. Aucun montage ne permet de promettre « zéro impôt » : la situation dépend de la substance réelle de la société, de la résidence des dirigeants et de la nature de l’activité. Là encore, l’accompagnement d’un professionnel reste la voie raisonnable, qu’il s’agisse de structurer la société ou de créer une société à Chypre dans des conditions sécurisées.
Questions fréquentes
Quel est le taux d’impôt sur les sociétés à Chypre ?
Depuis le 1er janvier 2026, l’impôt sur les sociétés chypriote est de 15 %. Ce taux résulte d’une réforme qui l’a relevé de 12,5 % à 15 % pour s’aligner sur l’impôt minimum mondial de l’OCDE. Il reste l’un des plus bas de l’Union européenne et s’applique au bénéfice mondial des sociétés résidentes.
Chypre est-il un paradis fiscal ?
Non. Chypre est membre de l’Union européenne, applique l’échange automatique d’informations CRS et ne figure ni sur la liste française des États non coopératifs, ni sur la liste noire de l’Union. Le pays exige une substance économique réelle et des déclarations en règle, ce qui exclut la qualification de paradis fiscal.
Comment sont imposés les dividendes d’une société chypriote pour un résident français ?
La société chypriote est une société de capitaux opaque : seuls les dividendes distribués sont imposés en France, pas le bénéfice mis en réserve. Chypre ne prélève aucune retenue à la source. En France, le dividende relève du prélèvement forfaitaire unique de 30 % ou, sur option, du barème après abattement de 40 %, la double imposition étant neutralisée par la convention.
Qu’est-ce que le statut non-dom à Chypre ?
Le statut non-dom désigne un résident fiscal chypriote non domicilié à Chypre. Il l’exonère du Special Defence Contribution sur les revenus passifs, dividendes et intérêts notamment, pendant dix-sept ans. C’est un avantage qui concerne la fiscalité de la personne, et non l’impôt sur les sociétés.
Faut-il déclarer une société chypriote au fisc français ?
Oui. Un résident fiscal français doit déclarer les comptes bancaires détenus à l’étranger via le formulaire 3916, sous peine d’une amende de 1 500 euros par compte, ainsi que les dividendes perçus. La détention est légale, mais elle suppose transparence et déclarations. Un conseil fiscal personnalisé est vivement recommandé.